Mi-humain mi-machine : quel visage pour les robots ?

par Christelle Ibach - 1 714 views1

Kuka : Un système nerveux artificiel permet aux robots de ressentir la douleur

Plusieurs études démontrent que des caractéristiques humaines apportées au visage d’un robot augmentent l’enthousiasme de leur utilisateur… Jusqu’à un certain point ! Car un robot aux traits complètement humains nous plongerait dans un état de malaise, comme l’explique le roboticien japonais Masahiro Mori avec sa théorie « la vallée de l’étrange ».

Humanoïde-robot ou humanoïde-anthropomorphe ?

À quoi ressembleront nos robots compagnons ?

robot compagnon« Une touche d’humanité augmente la popularité du robot », affirme Martin Hägele, directeur du département robotique et système de la société allemande Fraunhofer, en passe de commercialiser le robot compagnon ultra expressif Care-O-Bot 4. « Les utilisateurs ont besoin d’une tête pour s’adresser au robot », conclut-il.

Cela paraît logique. Un robot assistant de maison ou un robot avec qui nous voudrions nous amuser doit montrer des émotions d’abord, mais aussi se doter d’une forme humaine, tout du moins ressemblante à un être vivant sur Terre (un animal, un être humain), pour nous donner envie d’interagir avec lui.

Affetto : le robot nouveau-né qui effraye l’Europe

robot compagnonC’est alors que l’Université d’Osaka dévoile son robot nouveau-né Affetto, capable de reproduire à la perfection les expressions d’un bébé de 2 ans, mais dont le comportement et la manière de bouger restent très « robotiques ». Affetto a suscité l’emballement au Japon, mais a littéralement effrayé le public européen. Notons que les Japonais ont une grande avance en matière de robotique et vivent littéralement parmi les nouvelles technologies depuis plusieurs décennies ; ceci expliquerait-il cela ?

Mais alors ? Humanoïde-anthropomorphe ou humanoïde-robot ?

Jusqu’où faut-il aller dans l’humanisation des robots ?

robot compagnonPour comprendre nos réactions occidentales face aux robots ultra-réalistes, l’Université de Californie a testé des personnes âgées de 20 à 36 ans. Elles ont visionné plusieurs vidéos dans lesquelles différents gestes de la main étaient réalisés, d’abord par un humanoïde ultra réaliste, puis par un humain, puis par un robot à l’aspect machine. Les réactions du cerveau étaient normales à la vue de l’humain et du robot machine, mais lorsque l’humanoïde a commencé à se mouvoir de manière « non-humaine », les connexions neuronales des participants se sont bousculées. La région du cortex visuel n’arrivait pas à se connecter avec les neurones de l’empathie.

C’est ce décalage entre morphologie humaine et attitude robotique qui engendrerait ce bug neuronal, caractéristique du sentiment de malaise. « La vallée de l’étrange », comme le théorise le roboticien Masahiro Mori, exprime ce sentiment que certains d’entre nous peuvent avoir face à un humain qui n’en est pas un : l’imitation humaine du robot fascinerait jusqu’à en devenir dérangeante et effrayante ; une « vallée » d’émotions négatives qu’il serait néanmoins possible de transformer en sentiments positifs, empathiques, sympathiques, comme cela semble le cas aujourd’hui au Japon. La population japonaise, habituée à la robotique depuis longtemps, semble effectivement éprouver de la sympathie pour les humanoïdes ultra réalistes, appelés humanoïdes anthropomorphes.

En quoi l’apparence humaine de robots est-elle importante ?

intelligence artificielle AI« Une apparence humaine donne à un robot un extraordinaire sentiment de présence », affirme d’ailleurs le professeur japonais Hiroshi Ishiguro, créateur de son sosie robotique Geminoid HI-1 et de Repliee R1, celui de sa propre fille.

Une autre étude réalisée cette fois-ci par l’Institut Technologique de Georgia Tech a proposé à plusieurs participants de choisir leur photo préférée entre celle d’un humanoïde aux traits hyper réalistes, celle d’un robot machine ou celle montrant un visage mi-humain mi-machine. 60 % des participants les plus âgés (catégorie des seniors) affirmaient préférer l’humanoïde, mais ils revenaient sur leur choix lorsqu’ils apprenaient que ce même robot allait s’occuper de leur vie quotidienne, notamment leur toilette. Conclusion de l’étude : un humanoïde anthropomorphe : oui, à condition qu’il n’interagisse pas physiquement avec la personne !

Les plus jeunes participants préféraient quant à eux le visage entièrement robotisé ou mixant l’humain et la machine.

robot compagnon

En conclusion, les robots compagnons de demain prendront certainement de plus en plus de caractéristiques humaines, mais leur évolution devra être progressive pour être acceptée dans nos sociétés occidentales. La startup Aldebaran Robotics l’a bien compris. Son petit robot Nao a l’aspect d’un robot, mais il possède quelques caractéristiques humaines qui le rendent fort sympathique, comme des jambes, des bras et bien sûr, un visage expressif.

Quant aux Japonais, notons qu’en appréciant la présence d’humanoïdes ultra réalistes à leurs côtés, ils pourraient nous montrer la voie d’une société où les robots, non contents de prendre une place prépondérante dans nos foyers, nous ressembleront peut-être trait pour trait… Finiront-ils par nous remplacer ?

Mi-humain mi-machine : quel visage pour les robots ?
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Christelle Ibach

Gérante d’une agence éditoriale et correspondante de presse, je suis par ailleurs passionnée par les nouvelles technologies et les bouleversements qu’elles produisent dans notre économie. Par ces articles, j’espère vous transmettre ma curiosité pour cette thématique.

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